à propos du phénomène ReseauCitoyen

Un peu d'histoire

ReseauCitoyen est une lointaine conséquence de l'organisation du parcours citoyen d'Ixelles (Bruxelles, Belgique) qui eut lieu en juillet 2000.

Suite à l'ouverture de sa maison aux visiteurs désireux de débattre des questions de l'informatique, des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), Marie Anne croisa Ivan et Jean-Charles. En discutant, ils en vinrent à vouloir déployer des réseaux informatiques en brousse dans le cadre de projets de coopération durable. De cette discussion naquit l'aisbl Bombolong.

ReseauCitoyen en est une émanation et, tel le "bombolong", nous voulons permettre la communication entre les gens. Le bombolong des Joola est un tambour fait d'un tronc d'arbre creusé par une mince fente et servant à la transmission de messages de village en village et à rythmer des danses de réjouissance. (Aperçu de la musique sénégalaise, Ousmane Sow Huchard)

Depuis septembre 2000, Bruxelles est devenu un lieu collaboratif d'expérimentation sur les technologies de réseaux sans fil (Wi-Fi, wireless) et ces expériences tendent à prouver qu'il est aujourd'hui possible de mettre en place des outils de communication informatiques performants à faible coût. Nous utilisions alors le wiki (complètement remanié depuis lors) de Bombolong à partir de sa page "IntroductionSansFil".

En novembre 2001, devant l'afflux de contributeurs étrangers à Bombolong, Jean-Charles enregistra d'initiative le nom de domaine "reseaucitoyen.be" auprès de Hellea sprl afin de placer un bloc-notes en ligne pour "mémoriser" et formaliser les notes prises lors des nombreuses discussions en ligne et hors ligne que les hacktivistes tenaient alors. Le nom choisi était son idée afin de trouver une accroche pour attirer l'intéret de bruxellois, de liégeois et de néolouvanistes par un autre biais que l'Afrique.

Très vite une liste de diffusion fut mise en place. Après de nombreuses discussions, il fut consensuellement décidé de ne pas mettre ses archives disponibles via un interface web mais plutôt d'utiliser le WikiWikiWeb propre pour cela…

Les pionniers étudièrent la propagation, la réflexion des ondes et du signal, les protocoles de routage disponibles, pour la plupart, sous forme de leur RFC, les firmware des petits matériels parcimonieusement disponibles, les driver des cartes Wi-Fi, les circuits de récup pour pouvoir expédier du matériel vers nos amis africains (nombreux sur la mailing list initiale de Bombolong), le home made en général (matériel informatique, antennes et logiciels), les arbres de connaissances, l'intelligence collective… C'était le temps des Philippes et des Christophes ;-)

Aujourd'hui la plupart des pionniers sont partis vers d'autres horizons sans obérer la croissance du phénomène. Il est passé d'un état de précurseur à celui de suiveur en copiant ce qui que se fait en Allemagne et ailleurs. Les objectifs individuels changent également. De laboratoire de recherche afin d'apprendre à déployer des solutions à moindre coûts, RC est devenu un réseau en quête d'existence réelle per se. Et c'est aussi bien ainsi. C'est la preuve que les idées initiales étaient les bonnes pour lancer la dynamique.

Sacré Graal !

Citoyenete participative

Avant d'être decliné par la technologie, RéseauCitoyen est d'abord et avant tout un vecteur d'idées...

Nous prétendons que l'égalité entre citoyens est un incontournable parmi les principes que nous nous engageons à respecter.

Dès lors un certain nombre de choix techniques seront exclus à jamais car ils impliquent que l'une ou l'autre machine joue un rôle différent (et nécessaire) et partant se différencie. Or chaque citoyen, au sens du WMAN, est incarné par son routeur, donc aucun routeur ne peut en contrôler d'autres.

Par exemple, cela impose une topologie Ad-Hoc Multi-Hop et un espace d'adressage plat (tout au moins au sein du WMAN). D'où la recherche de protocoles de routage adaptés tels que AODV ou ZRP et l'interdiction de notion de BackBone. La topologie est et restera le nuage (Mesh Network).

Cela impose encore d'inventer une alternative peer-to-peer fiable au DNS.

Le second principe défendu par RéseauCitoyen est l'établissement d'une agora citoyenne à l'accès libre et gratuit. C'est-à-dire dont les barrières d'entrées soient les plus basses possibles.

Nous tentons l'exercice libertaire de ne pas avoir d'organe de décision institutionalisé. Cela ne veut pas dire qu'aucune décision ne soit prise. Seulement que le mode de prise de décision et surtout de sa mise en oeuvre est l'affaire de chacun et plus de tous. Le leadership par l'exemple devient le mode de proposition et d'action privilégié. Aucune coercition n'est possible de la part du "pouvoir". Seul le consensus perdure. Pas de décisions collectives mais un résultat collectif résultant d'actions individuelles.

Nous évoluons exclusivement dans la sphère non marchande (voir la Conclusion de l'analyse juridique de RéseauCitoyen). Celle-ci est notre voisine et parfois notre partenaire, mais jamais notre maître.

Ces deux dernières considérations imposent les logiciels libres comme outils de prédilection et privilégient le CopyLeft comme mode de diffusion des résultats.

Après les Aspects philosophiques, la citoyenneté active ne peut que déboucher sur la politique, gestion de la chose commune.

En effet, ReseauCitoyen, ce phénomène qui pousse des personnes (tant physiques que morales) à poser un acte individuel de réapropriation de l'espace public au plus grand bénéfice de tous, est donc un phénomène politique.

Pas lié à la "real politique" des partis, groupes de pouvoir pris au jeu de la gestion journalière d'une société autonome(1), mais vraiment concernant la gestion de la chose commune; ici en l'occurence l'espace hertzien public (en tenant compte du New Paradigm). Ce n'est pas un hasard si le phénomène ReseauCitoyen trouve un écho fort au sein d'associations de quartiers comme Parcours Citoyen et débouche sur des initiatives telle l'E-Toile.

Reseaucitoyen est un paradoxe politique (au sens de gestion de la chose commune).

Evolution

D'une démarche résolument indivuelle (voire individualiste) il résulterait un bien commun (phénomène). Alors que pour d'autres approches, on voit une démarche collective (voire collectiviste) en vue de l'obtention d'un avantage individuel.

Dans le premier cas, c'est la quête qui compte. Celle-ci construisant un monde meilleur. La forme des outils va primer sur leur efficacité. Car on peut toujours améliorer un outil mais la forme n'est pas neutre.

Dans le second, la technique prime car seul l'usage est envisagé. Sous des prétextes apparement sociaux (la diminution de la barrière numérique) se cache en fait une volonté purement consummériste d'accès personnel à l'Internet ou à des contenus plus ou moins licites.

Qu'il est difficile le chemin de la quête. Les bénéfices techniques sont lointains et incertains. Mais ses perpectives sont ailleurs. Elle se situent dans la sphère de l'Homme, pas de la machine. Le réseau est vu ici comme un outil de reliance plus que de communication. Alors qu'ailleurs, le réseau est la fin de par la volonté d'usage.

C'est le rôle traditionnel des pouvoirs publics que d'oeuvrer à la réduction de l'inégalité des chances et partant, de réduire la fracture numérique en permettant l'accès (facile, gratuit) aux autoroutes de l'information. La démocratie représentative peut trouver là un terrain d'expression approprié. Sans doute est-ce la défaillance des représentants en place (les élus actuels voire le système lui-même) qui poussent d'aucuns à vouloir récupérer les énergies canalisées par RC pour atteindre le graal d'un accès à l'Internet gratuit et sans fil dans la ville...

Par contre, c'est la démocratie participative qui s'exprime lorsque la construction ne peut résulter de la mise en oeuvre d'une décision mais uniquement de la participation volontaire de la population. Le résultat le plus minime ne sera sensible que lorsqu'une masse critique de citoyens participera activement. La solidarité interpersonnelle supplée vaille que vaille aux différences de qualifications techniques des uns et des autres. Les jeunes s'impatientent en confondant fins et moyens.

Ces aspects sont tellements forts dans le débat qui nous préoccupe qu'ils sont la forêt cachée par l'arbre de la topologie du réseau.

Une partie du public de ReseauCitoyen préfère consommer de l'internet gratuitement ou viser la performance technique plutôt que de tenter un mesh métropolitain citoyen. Comme clairement la technologie mesh ne semble pas encore au point, atteindre cet objectif passe par l'abandon de la topologie en nuage pour revenir à un réseau hiéarchisé! Ces deux tendances s'opposent ouvertement. 2007 voit l'émergence d'un réseau hiéarchisé utilisant le même ESSID sur le même territoire. C'est le "coup"! Le site bombolong.net reprend le nouveau plan d'adressage centralisé et hiéarchisé.

Dans un mesh par définition il ne faut pas s'incrire. pourtant il faut une adresse IP... Voilà un paradoxe à résoudre. La solution par MAC adresse tenait la route pour un réseau géographiquement isolé. IPv6 résoudrait cela en offrant à chaque communauté un espace d'adressage pourvant reprendre les 6 octets de la MAC... Le temps que les échanges interurbains soient significatifs permet de trouver des hack (par exemple des tunnels) en attendant.

Faire la démarche inverse me semble contraire à la volonté initiale de tordre la technique à l'objectif plutôt que le contraire.

Si je voulais faire du wifi qui marche tout de suite, je travaillerais pour Ozone.

Et oui j'ai lu les how-to. Il y a longteps déjà, et je les relis régulièrement. Mais je n'y trouve pas les principes philosophiques de RC seulement de la technique pour réseaux IP filaires hiérarchiques.

Pour faire du réseau de cette manière là, j'ai l'Internet...

Ma vision de RéseauCitoyen est peut-être une utopie selon vous mais je crois pourtant que le fork (je persiste) actuel tue l'esprit car l'outil n'est pas neutre.

Et le mesh ne devrait pas être une si mauvaise idée théorique que cela si j'en crois le nombre toujours croissant de publications sur le sujet. Au point qu'on ne les réfère même plus jamais sur le wiki de RC tellement c'est devenu banal... Pas plus que les déploiements massifs réussis.

Quand je vois des boitier comme celui de ekiga je crois même que la machine idéale telle que décrite en 2002 existe désormais. Cela ne veut pas dire que l'objectif est atteint. Mais si cette cible intermédiaire qui semblait si utopique (pensez, un routeur de la taille et du poids d'un paquet de cigarettes consommant très peu et coutant moins de 50€ en 2002 ce ne semblait pas fort réaliste) d'autres utopies se réaliseront si on ne les tue pas!

©  Jean-Charles de Longueville  (2001+)
©  Le design est l'oeuvre de Olivier Meunier
dernière mise à jour: 29 octobrebre 2009  -  page vue 2441 fois